Celle qui est l’aboutissement

Ma Perluette, voici le moment de faire un post rien que pour toi. Comme je l’ai fait pour Chupenn, et pour Wendoï 

Perluette est mon dernier enfant. C’est d’ailleurs pour cela qu’ici, elle s’appelle Perluette. Du nom du signe « & ». La fin de mon énumération d’enfants. Assumer qu’elle soit la dernière n’empêche pas la nostalgie des dernières-premières fois. Mais la certitude est là, j’étais faite pour être une maman de 3. Une maman avec juste un peu plus d’enfants que de bras et de genoux. Une famille avec plus d’enfants que de parents. Une famille nombreuse mais avec le quota mini.

On ferait le tour du monde, que ça ne tournerait pas plus que cela, mon chiffre à moi, c’est 3.

 

 

La dernière d’une fratrie de 3

33. Ce chiffre un peu bancal qui permet de nombreuses combinaisons. Qui permet de nombreuses alliances et autant de trahisons. 3, comme le rythme virevoltant de la valse. Un peu déséquilibré et gracieux aussi.

 

Ton arrivée a coïncidé avec les premières disputes de Wendoï et Chupenn, mais je crois à la coïncidence. Ces deux-là, hurlent « Godzilla est là » quand tu viens déranger leurs installations savantes.

Oh ! Non par pitié pas Perluette !

 

Il a fallu écrire ton prénom sur un mur dans la salle de jeu pour rappeler que tu y as ta place. Mais dans leur cœur, ta place est assurée sans aucun doute

 

 

Chupenn

Pour toi, Chupenn est un grand frère débonnaire et puissant. Vos 6 ans d’écart vous protègent de toute jalousie. Il est avec toi le grand frère totalement abouti qu’il ne pouvait pas encore être quand Wendoï a pointé le bout de son nez. Il a déjà pour toi cette tendresse infinie qui évoque presque la paternité mais il est encore un frère à part entière. Il est encore assez petit pour jouer avec toi ; Pour que tu joues avec lui. Pour avoir des souvenirs d’enfants ensemble.

 

Wendoï

Et puis, il y a Wendoï. Ensemble vous bâtissez cette « sororité » qui m’est étrangère, n’ayant moi-même pas de sœur.

« Sororité » : j’ai longtemps cru que le terme était une pure invention.

 

A vous voir échanger vos doudous, vos bébés et vos poussettes, mettant à mal l’éducation non genrée que je croyais naturelle, il est évident que vous construisez déjà cette relation complexe et évidente, et pourtant, incompréhensible pour celles comme moi qui ne l’ont pas expérimentée.

 

 

La benjamine

Tu n’échapperas pas à ton destin de petite dernière. Pas plus que Chupenn, qui a endossé avec sérieux le costume d’aîné, pas plus que Wendoï qui rue dans les brancards de l’ordre familial, réclamant sans cesse autre chose que ce rôle ingrat d’enfant-du-milieu.

Tu es celle que l’on aura laissé pousser avec un peu plus d’espace entre les principes. Oui, pour dormir avec les parents. Ok pour doudou à table.

Celle que l’on voit plus petite que les autres au même âge. Celle qui n’est pas encore allée chez Papi et Mamie seule.

Mais tu es sûre que Wendoï à son âge avait déjà…? Et Chupenn ? Aussi. Ah.

 

Celle qui poussera à l’ombre que ce que réalisent les deux grands. Tu te bagarres déjà très fort pour faire comme les grands.

Ce dimanche, avec Wendoï et Chupenn, on est parti à la piscine. Sans toi. C’était l’heure de la sieste. Sentant l’arnaque, tu étais allée chercher tes chaussures et ton manteau. J’en ai eu le cœur serré en refermant la porte sur ta colère.

Et ce soir,  quand Wendoï est montée sur une chaise pour observer la cocotte-minute, tu as traîné ta chaise-haute depuis la salle à manger pour l’imiter. Pas assez haute, tu ne voyais pas le jet de vapeur. Mais on lisait dans tes yeux de toutes les couleurs, ta satisfaction d’être là.

 

 

Mon épilogue d’histoire de maman

Ton arrivée a complété la famille. Mais elle a aussi donné une cohérence à mon histoire de maman. Je n’avais plus grand-chose à réparer, j’ai une histoire de maman chanceuse. Mais j’avais beaucoup à comprendre.

On ne tient pas un blog sans une solide propension à se poser plein de questions. Dans mon cas, je crois que c’est mon remède au temps qui passe.

 

Tu n’étais pas un bébé simple

Tu n’as pas été le bébé simple et facile que #lesgens nous prédisaient parfois :

 

– le troisième, il s’élève seul-

 

C’était pas ça. Pourtant j’ai plus laissé aller les choses.

 

Perluette, tu ressembles à Chupenn. Avec toi, on a retrouvé les vraies nuits blanches, celles sans une seule minute de sommeil jusqu’au petit matin. D’août à mi-septembre, il n’y a pas eu une nuit où je dépassais les 2 x2h max de sommeil. Après, l’un d’entre nous dormait dans un fauteuil, toi bien calée –verticalement- dans nos bras. Ce n’était pas facile mais ça l’a fait.

 

Les premiers mois de Wendoï étaient objectivement plus simples. Pas de RGO, un bébé plus calme. Mais j’étais dans l’impératif de ne pas flancher. Il fallait réparer la chute de la première fois. Tout était pensé, dosé. Je me faisais l’effet d’être une sportive de haut niveau, une ultra traileuse. Rien n’était laissé au hasard. Ni le sommeil ni l’alimentation. Ni l’allaitement ni la production de souvenirs. Il fallait tenir. Ça a marché. J’aime à penser que le coté fonceur, pragmatique de Wendoï lui vient de mon état d’esprit de ses premières semaines.

 

Cette fois, c’était dur aussi. Mais on n’a pas oublié de laisser couler. C’était dur, mais ce n’était pas la question. Tu es un joyeux retour des choses.

 

 

Mieux qu’avec un bébé facile,

On a formé une vraie équipe, avec ton père. Tes parents n’ont pas gaspillé une seule minute à remettre en cause les choix de l’autre. Quand l’un gère, l’autre fait autre chose. Une sagesse dictée par la nécessité (autre chose, c’est deux autres enfants), et par la certitude née de l’expérience : les choix des premières semaines ne sont jamais ni définitifs ni totalement mauvais.

Perluette, notre bébé de la maturité. Notre plus belle gestion parentale.

 

 

Comprendre…

On comprenait aussi. Ça fait une grande différence. On savait que ces bruits d’évier dans ton gosier et tes cris aigus, ton odeur de vinaigre, c’était des remontés gastriques.

On a compris également, que les cris incessants de Chupenn qui m’agressaient jusqu’à me faire frôler la folie, c’était un RGO non diagnostiqué.

Ton RGO à toi, c’est moi, qui l’ai pointé. Une belle revanche sur mon inexpérience de primipare.

 

Ça ne réparera pas nos premiers mois gâchés, à Chupenn et à moi, mais cela leur donnent une utilité. Toi au moins, on a su te soulager.

 

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… et apprécier

Tu m’as, en outre, offert ma plus belle histoire d’allaitement et mon accouchement le plus épanoui. Ma grossesse la plus simple médicalement (et la plus fatigante!). Sur tous ces sujets, je n’avais pas d’ambition, je m’estimais déjà trop gâtée par les deux premiers pour espérer encore mieux.

Je savais en revanche mesurer ma chance.

 

 

Plus déstabilisés mais encore émerveillés

 

 

Il y a une chose qui ne change pas, c’est l’émerveillement de voir son enfant grandir.

 

 

Toujours nouveau, en tout cas, pour ta mère…

Par exemple, tu viens d’apprendre à marcher. Comme ton frère et comme ta sœur, mais… différemment! Différemment, même s’il n’y a probablement que ta mère et sa propension à faire une histoire de tout, qui a noté cette différence.

 

Chupenn a appris très rapidement parce qu’après ses premiers pas, il n’y avait que cela qui l’intéressait, marcher, marcher, marcher, marcher. Il nous sollicitait sans cesse et nous, pressés que nous étions de le voir grandir, on répondait.

 

Wendoï ne s’intéressait pas du tout, du tout, à la marche. Du coup, passé 20 mois, on l’a sollicitée aussi.

 

Toi, tu as tout fait toute seule. Et tu as su de mettre debout sans appui avant de savoir marcher. Tu as su marcher avant de savoir que tu marchais : tu avais besoin de tenir quelque chose dans tes mains pour avancer, comme si tu avais un appui.

 

C’est trois fois rien, mais ça suffit à m’étonner.

 

et puis aussi…

Tes bêtises nous sont inédites, tu en fais nettement plus que la somme des deux autres. Pas un tiroir que tu ne vides. Le moindre stylo laissé à ta portée, dans un rayon de 20m, n’a aucune chance de t’échapper. Tu piques nos chaussettes sur l’étendoir, ce qui fait exploser le taux de chaussettes seules (fléau des familles) de cette maison.

Tu as des yeux incroyables. Ton père vient de trouver le bon terme : tu as les yeux couleur de l’eau.

Bleus quand il fait beau.

Marron clair quand il n’y a pas de lumière.

Gris ou verts le reste du temps.

Tellement étonnants. C’était donc possible, cette combinaison génétique !

 

Mais comme tous les détails qui diffèrent de tes frères et sœurs, on est très très étonné :

Que tu te roules par terre dans ta colère.
Que tu nous enlaces de tes petits bras pour distribuer des câlins.

Que tu manges à la fourchette et à la cuillère presque toute seule.

Tu es unique à ta façon.

 

      *

      *                       *

Curieusement, ce billet n’a pas été simple à écrire. C’est drôle, j’avais l’impression de n’avoir pas de matière, comme si je ne connaissais pas encore tes traits de caractère.

Pourquoi cette impression de ne pas savoir dessiner ton portrait ?

J’ai alors repensé cette interview d’une maman de 10 enfants. Interrogée sur sa motivation à chaque naissance, elle disait, qu’au début, il lui fallait une famille. Mais qu’à partir du 7ème enfant, il y avait eu un processus plus désintéressé : l’envie de donner la vie. Tu n’es que ma troisième mais il y a peut-être un peu de ce processus en moi. Chupenn était mon premier, je projetais à fond. Wendoï était ma première fille, je projetais à fond aussi. Pour toi, il y a quelque chose de plus doux à l’œuvre.

Tu as peut-être plus d’espace pour être toi.

Tu es mon aboutissement.

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30 comments on “Celle qui est l’aboutissement

  1. Maman Nouille
    8 novembre 2018 a 10 h 10 min

    Quel beau portrait (comme les deux précédent d’ailleurs)
    Bon allez, tu m’as rendu toute mielleuse, je file embrasser mon petit dernier.

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 02 min

      Merci! Gros câlin à ton merveilleux petit dernier…

  2. 3 enfants en 3ans
    8 novembre 2018 a 10 h 23 min

    Très beau billet. Je suis assez émue en le finissant.
    C’est amusant comme il y a des traits communs entre cette fratrie et celle de mes enfants… Pourtant nous sommes en situation inversées (pour moi 1 fille/2gars).
    C’est beau de voir ses enfants vivre, évoluer. Effectivement je pense qu’on lâche plus facilement prise au 3eme enfant… pour toutes sortes de raisons.
    Merci pour ce partage

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 04 min

      Merci! Oui, je pense qu’il ya des similitudes entre nos fratries! C’est ce que j’ai pensé avec ton article sur les écarts d’âge. (Mais chez nous c’est 3 enfants en 6 ans!)

  3. theatypicalsblog
    8 novembre 2018 a 11 h 21 min

    Ton article m’a émue et m’a presque fait verser ma larmichette, alors que je ne suis pas émotive…C’est marrant, je me suis reconnue. J’ai éte aussi de celles qui devaient tenir quelque chose quand j’ai commence à marcher (un sac plastique bien inutil, paraiît-t-il :-))

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 05 min

      Merci! Rassure moi, le sac en plastique, tu l’a lâché vers quel âge?

      • theatypicalsblog
        11 novembre 2018 a 23 h 15 min

        quelques jours plus tard, quand je me suis sentie sûre de mes pas 🙂

        • Johanna
          11 novembre 2018 a 23 h 40 min

          Ça devrait être pareil pour elle, alors!

          • theatypicalsblog
            12 novembre 2018 a 19 h 06 min

            Je suis prête à parier que oui 😉

  4. madamelavande
    8 novembre 2018 a 11 h 37 min

    Très joli portrait de ta Perluette. On sent bien qu’elle a trouvé sa place bien à elle dans la fratrie et dans la famille

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 15 min

      Merci! Je l’espère. En tout cas elle a un solide caractère. La pièce de petite dernière ne doit pas être la plus inconfortable… sauf peut être après le départ des grands… mais j’arrête, je commence à hyperventiler à cette idée…

  5. Dinette et Paillettes
    8 novembre 2018 a 11 h 39 min

    Un portrait très émouvant, vraiment… merci de nous avoir permis de rentrer dans votre bulle une nouvelle fois…

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 16 min

      Merci à toi pour ce gentil compliment.

  6. CéciliAcidulée
    8 novembre 2018 a 13 h 08 min

    En voilà un très beau billet adressé à Perluette, ta petite dernière à tout jamais

  7. Marion
    8 novembre 2018 a 15 h 37 min

    Bonjour, je suis une lectrice en sous-marin, je vous suis depuis longtemps mais c’est mon premier commentaire. J’aime beaucoup votre écriture et votre humour qui décrit des situations que nous parents vivons tous. Ce portrait de votre dernière est touchant j’en ai eu les larmes aux yeux. Et je suis rassurée de voir que Perluette s’est sortie de ce RGO, ça elle laisse de l’espoir et je le répète en boucle que tout passe (ma deuxième, cinq mois, un RGO de folie…). Je vous souhaite de merveilleux moments à 5.

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 20 min

      Merci pour ce commentaire! Ceux des « sous- marins  » ce sont les préférés! Oui, le RGO, on s’en sort. Il y a tout de même des rechutes à chaque fois qu’un truc cloche (rhume, dents ou grosse excitation!), et à chaque étape( 4pattes surtout..) mais RIEN à voir avec les premiers mois..

  8. lamisskangourou
    8 novembre 2018 a 16 h 10 min

    C’est trop joli de te lire… Avec mon troisième lutin lové sur moi qui m’a fait découvrir le RGO. Je me retrouve dans la team parentale de folie pr le troisième
    C’est très émouvant, merci !

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 25 min

      Je découvre cette nouvelle avec ton commentaire! Félicitations! Bon, pad pour le RGO, hein, mention « aurait pu mieux faire… »

  9. La Famille Ours
    8 novembre 2018 a 16 h 35 min

    Je suis toute émue à la lecture de ce portrait. Tous ces petits détails que tu observes, et ces dernières paroles sur le bonheur de donner la vie… c’est beau et ça me parle ! <3

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 27 min

      Merci beaucoup! Je me donne assez souvent la mission de me souvenir du bonheur de donner la vie au milieu de la nuit ou quand ils sont vraiment pénibles. Ça marche moyen!

  10. Madame Bobette
    8 novembre 2018 a 16 h 40 min

    Que de jolis mots et quel beau portrait! Tellement émouvant et plein d’amour 🙂

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 28 min

      Merci beaucoup

  11. Mmeladirectrice
    8 novembre 2018 a 19 h 06 min

    On sent de la maturité et de la zenitude dans ce joli portrait.

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 29 min

      Merci. Oui, la maturité, c’est sûr. Je sens plus la fatigue aussi mais l’expérience donne du recul…

  12. Entrelescailloux
    9 novembre 2018 a 11 h 03 min

    Quelle belle déclaration

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 37 min
  13. Alexe D.
    9 novembre 2018 a 18 h 36 min

    Je me sens incapable de dresser un portrait de ceux que j’aime…
    J’espère que tu gardes une copie bien gardée de tout ca pour eux, au cas où les blogs ne soient plus accessibles dans 15-20 ans.
    C’est tellement précieux.

    • Johanna
      11 novembre 2018 a 23 h 39 min

      Merci. Tu as d’autres façons de leur montrer. Je reste marquée par ta phrase  » au moins, j’ai la satisfaction d’avoir tout bien fait ». J’en tiens compte.

  14. petitsruisseauxgrandesrivieres
    12 novembre 2018 a 14 h 45 min

    Quel beau portrait. Je retrouve pas mal mon Lapin (mon 3e et dernier) dans ta Perluette : Le dernier a qui on passe plein de choses, par manque d’énergie pour lutter encore et encore, par nostalgie de ces moments qui ne reviendront plus aussi.

    • Johanna
      12 novembre 2018 a 23 h 55 min

      Merci! C’est assurément la place la plus légère…

Un petit commentaire et je suis au paradis!