Celui qui me bouleverse

Il y a un peu plus de sept ans de cela, son arrivée a été le plus gros bouleversement de ma vie. Je ne m’y attendais pas. Je ne m’y attends toujours pas, Chupenn prend le contre-pied de toutes mes intuitions.
Cela crée une distance faite d’inquiétude et d’admiration. Je suis à la fois persuadée qu’il est le plus fragile de mes enfants et souvent soufflée par sa personnalité, ses ressources, sa combativité. Je trouve que la vie n’est pas toujours tendre avec lui. Je trouve tellement parfait qu’il m’arrive de me sentir toute petite à côté de lui.

 

 

Beau comme un astre

Il est beau. Comme un astre. Evidemment, tous les enfants sont beaux. Et mes trois se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Mais lui a une grâce indéfinissable, une finesse de ses traits, un ovale parfait, deux fossettes qui animent ses sourires. Il a cette beauté qui semble venue d’ailleurs. Indéfinissable.

C’est la première chose qu’on s’est dite, avec son père, à 2 secondes de sa vie : « il est beau ».

Enfanter un enfant si parfait ne m’a paradoxalement pas aidée à m’en sentir mère. Comment ai- je pu fabriquer un tel prodige?

 

Peut-être que sa beauté ne nous a pas aidé à nous rencontrer.

 

A contre-courant

 

Pour lui, je n’ai pas su être la mère que je voulais être. Ses premiers mois ont été une longue tempête de nuits sans sommeil, et de pleurs continus. Une lutte. Un coup du sort.

On me répondait souvent: mais non, regarde comme il est beau.

Je l’ai cru babi. J’ai reconstitué toute une histoire psychologisante.

J’ai compris aujourd’hui que la prise en charge médicale avait juste été à côté de la plaque.

Et puis on s’est trouvé.
Quand le lien s’est enfin crée, on a tout rattrapé d’un regard.

 

Il continue de prendre à revers beaucoup de mes intuitions. J’ai pourtant une bonne aptitude à sentir les émotions des autres et à anticiper leurs réactions. Mêmes avec des inconnus. Mais pas avec lui. Ça aussi, ça m’étonne. Il incarne pour moi la maxime : « le pire n’est jamais certain ». Le meilleur non, plus…

 

Il continue de prendre à revers beaucoup de mes intuitions.

On se prend les pieds dans le tapis quand j’imagine que ça va passer comme une lettre à la poste. Quand j’anticipe une difficulté, ça passe crème.

Je l’imaginais grand, il est petit.

Je l’imaginais terreur des cours de récré, il respecte les règles jusqu’à l’obsession.

Je l’imaginais prêt pour l’école, il ne n’était pas.

Je l’imaginais œil de lynx, il a besoin de lunettes.

Du plus futile au plus important, il déjoue mes pronostics.

 

 

Mon solaire – lunaire

Ses compétences humaines, me bouleversent. Il ne connaît ni la jalousie ni la peur d’être rejeté. Il est pourtant compétiteur, et mauvais perdant. Il aime se faire remarquer.
Il est leader ascendant cogneur.

Mais ses qualités, je crois qu’elles sont rares chez un enfant.

Il se réjouit sans limite du positif qui arrive aux autres. De l’anniversaire de sa sœur. Du cadeau qu’on va faire au copain. Il en faut peu pour l’agacer et, dans ce cas, il a encore parfois du mal à ne pas taper. Il est directif, il n’a pas peur du conflit. Mais jamais je ne l’ai entendu dire : « Et moi? ».

Il a par deux fois accueilli des petites sœurs dans la famille sans une once de jalousie.

 

Il n’a aucun problème à aborder un groupe d’enfants sur la plage pour s’inviter dans leurs jeux. Il est celui qui demande aux ouvriers dans la rue ce qu’ils font, alors que toute l’école regarde. Il est celui qui pose des questions à la réunion parent- maîtresse. Qui demande au maire quand est-ce qu’on aura les nouveaux ordis de l’école.

 

Il est joyeux.

Il est empathique. Il invite à son anniversaire la nouvelle qui arrive du Mexique parce qu’elle ne connaît personne. Il ressent l’émotion des gens. Il est ému à la commémoration du 8 mai. Aux 80 ans d’une grand-tante qu’il n’a jamais vu, il se jette dans ses bras « parce que j’étais content ».

 

Il marque les adultes.

 

Il passe son temps à inventer des histoires. A les jouer, à les dessiner. Il joue tout le temps. Sans jeux. Sauf des cartes, des bouts de cartons, et des déguisements.  Il manque toujours de temps pour être dans son monde. Du coup, je ne l’ai inscrit à aucune activité. Même au périscolaire, il préfère le temps libre aux activités.

 

 

Cette impression du temps qui fille trop vite. Cette capacité à se ficher du regard des autres. Sa capacité à jouer. Ça continue de m’étonner chaque jour. Il est solaire, et… lunaire, mais il a aussi ses cotés sombres…

 

La partition pas facile

 

Il est anxieux. Le sommeil n’est toujours pas son ami. La nuit, il a peur, ce sentiment qu’il parait ignorer le jour.

 

Il n’a pas une partition ultra-facile à jouer. Il y a ses allergies (à certains fruits à coque) qui font peser sur lui une responsabilité importante. Qui l’excluent de la cantine et de certains goûters. Des activités de midi.
Il y a le fait d’être, de loin, le plus petit de la classe. En CP, la maîtresse avait décrété que par conséquent, il était le plus mignon de la classe. Ca allait impec. Cette année, le photographe de la photo de classe n’a rien trouvé de mieux que de le faire asseoir sur un rehausseur. C’est devenu plus compliqué à gérer.
Il y a encore une autre particularité qui l’éprouve au quotidien.

 

Ce n’est pas grand-chose par rapport à l’adversité que traversent les enfants porteurs de handicaps. Mais, concernant ces sujets, en tant que parents, on n’a pas d’autres choix que de lui dire :

« ben, oui, mais c’est comme ça. Il faut faire avec ».

Avec lui, nous ne sommes pas les parents tout-puissants qui écartons les ennuis d’un revers de main.

Ce n’est peut-être pas un mal.

 

 

Quel ado deviendra-t-il? Il a à la fois une maturité et des caractéristiques vraiment très enfantines. Je ne suis pas sûre qu’il existe des ados qui se foutent du regard des autres. Que deviendra son imaginaire dans le conformisme de l’adolescence?
J’espère qu’il sera de ceux qui tirent une force particulière d’en avoir bavé un peu plus que les autres.

Parfois sous le coup de l’admiration, je me dis que cet enfant aura un destin.

Mais, vous savez, il prend à revers toutes mes intuitions.

 

 

« – Comment il s’appelle, déjà, l’autre qu’est né le même jour que moi?

– Jésus, mon chéri … »

😉

(Chupenn est né le 25.12.10).

 

 

*

  *         *

Cet article n’aura pas été le plus simple à écrire. J’ai longtemps cherché le verbe qui irait avec  » Celui qui me… ou celui que je..
Ça aurait pu être : impressionner, émouvoir, pousser, désarçonner, admirer.

Mais je crois que « celui qui me bouleverse » est le meilleur. Etre sa maman a toujours été et continue d’être, dans tous les sens du terme, bouleversant.

Vous pouvez retrouver le portrait de Wendoï ici.

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26 comments on “Celui qui me bouleverse

  1. Estelle
    14 mai 2018 a 9 h 11 min

    Quel beau portrait !

    • Johanna
      14 mai 2018 a 13 h 12 min

      Merci beaucoup, Estelle!

  2. Bulle zen
    14 mai 2018 a 9 h 13 min

    J’espère qu’il trouvera la paix de ses nuits ce petit être lumineux… Il y a des enfants magiques, je les appelle des anges, parce qu’il n’y a pas de mots, ils sont. Ils ressentent et ils vivent dans et par cette énergie de l’autre. Je m’en suis cachée bien longtemps de cet handicap alors que c’est une richesse, lui a compris, il vit…

    • Johanna
      15 mai 2018 a 12 h 47 min

      Merci pour lui… oui, je crois qu’il a (en plus) cette capacité à vivre heureux. Il est trop fort!

  3. 3 enfants en 3ans
    14 mai 2018 a 9 h 15 min

    Merci pour ce magnifique portrait remplit d’amour. Cet enfant est exceptionnel.
    Je lui souhaite de grandir droit et beau comme il a l’air d’être né.

    • Johanna
      15 mai 2018 a 12 h 48 min

      Merci pour ton « jumeau  » du 25.12!

  4. tobemummysite
    14 mai 2018 a 9 h 48 min

    Que c’est beau! Ton écriture m’épate toujours, une grande douceur doublée d’une justesse admirable. On ressent là la profondeur de l’amour que tu portes à ton fils! Et je m’y retrouve pas mal, ma fille me désarçonne de façon similaire, notamment par son étonnante beauté et son aspect très imprévisible.

    • Johanna
      15 mai 2018 a 13 h 00 min

      Merci pour ce beau compliment. J’ai lu ton post sur ses yeux!

  5. MumChérie
    14 mai 2018 a 11 h 57 min

    Tes mots sont superbes !

    • Johanna
      18 mai 2018 a 12 h 09 min

      Merci beaucoup!

  6. Die Franzoesin
    14 mai 2018 a 13 h 07 min

    J’ai eu un peu les larmes aux yeux au cours de toute la lecture, sans doute parce que je me projette énormément. J’aurais pu écrire certaines phrases, notamment celle-là : « Je trouve tellement parfait qu’il m’arrive de me sentir toute petite à côté de lui. » au sujet de mon dernier. D’ailleurs tu verras, c’est drôle je publie un petit bilan de lui à neuf mois demain et je parle un peu de ça (promis c’était déjà écrit, je ne t’ai pas copiée 😉 ). Et j’espère que nous aurons la chance de continuer à suivre les aventure de Chupenn !

    • Johanna
      18 mai 2018 a 12 h 17 min

      Merci! Je suis très contente d’apprendre cette similitude entre Chupenn et Charles! J’ai d’ailleurs lu ton article avec ce filtre !

  7. Madame Bobette
    14 mai 2018 a 14 h 45 min

    Un si joli portrait si doux et … bouleversant. Je crois que tu n’aurais pas pu trouver meilleur mot pour résumer tout ça.

    • Johanna
      18 mai 2018 a 12 h 18 min

      Merci beaucoup!

  8. Manoumi
    14 mai 2018 a 17 h 24 min

    Mon dieu comme tes portraits sont beaux, justes, sensibles. On sent ton âme de maman bouleversée justement et pour cela, c’est magnifique. Un hommage immense que tu leur rend…

    • Au presque parfait
      19 mai 2018 a 14 h 41 min

      Merci… les portraits sont les rares post que j’aime bien relire, des mois après…

  9. Entrelescailloux
    14 mai 2018 a 21 h 49 min

    Il est beau dans tes mots cet enfant.

  10. Claire
    15 mai 2018 a 16 h 09 min

    Il est vraiment magnifique ce portait !

  11. Camomille
    16 mai 2018 a 13 h 45 min

    Superbe. Une certitude : avec une maman comme toi, il a toutes les chances de son côté pour devenir un bel adulte !

    • Au presque parfait
      19 mai 2018 a 14 h 43 min

      Je me demande souvent si on joue un rôle aussi grand qu’on l’imagine! Merci beaucoup!

  12. Louna
    16 mai 2018 a 14 h 27 min

    Encore un magnifique portrait : bravo pour ce texte et bravo d’être la maman de ce petit garçon si extraordinaire !

    • Au presque parfait
      19 mai 2018 a 14 h 45 min

      Merci pour ton commentaire et pour le mot « extraordinaire », il lui convient très bien!

  13. Mam'Weena
    16 mai 2018 a 23 h 11 min

    Quel beau portrait, je me demande si il en sera de même pour mon deuxième, mon si petit que je croise les doigts pour qu’il défi les pronostics comme son oncle … (pour l’anecdote, mon frère a longtemps été le plus petit de sa classe, les médecins avaient même évoqué un traitement hormonale que ma mère a envoyé bouler, puis il a poussé d’u coup en terminal pour atteindre un généreux mètre quatre-vingt )

    • Johanna
      19 mai 2018 a 15 h 42 min

      Merci! C’est incroyable nos demi portions: leurs mères sont pourtant grandes!

Un petit commentaire et je suis au paradis!