La saveur de ma vie d’avant…

Je l’attendais devant la gare en me demandant si j’allais la reconnaître. Depuis sept ans, on ne s’était pas vues et pas beaucoup appelées non plus. Avec nos vies devenues diamétralement opposées, il y avait peu de vraies raisons de s’appeler tous les quatre matins. Il y a huit ans, j’étais célibataire, sans enfants et elle était ma complice de cette vie d’avant.

Devant la gare, huit ans plus tard, c’est elle qui m’a reconnu en premier. Les trains du vendredi soirs sont surtout ceux des célibataires géographiques et je me marrais en cherchant à distinguer la partie lyonnaise (blafarde et en pantalon) de la partie toulousaine (bronzée et court vêtue) des couples qui passaient… Je ne l’ai pas vue arriver.

Physiquement, on avait pas tant changé. Et le plus naturellement du monde, on a repris l’histoire là où on l’avait laissée… Ce week-end, à travers le récit de sa vie d’aujourd’hui, j’ai retrouvé le goût, la saveur et l’energie de ma vie d’avant.

Je suis devenue deux fois maman. De son coté, elle a toujours affirmé au haut et fort que les enfants, elle n’aime pas ça. Surtout ceux des autres, mais, dans le doute, elle n’en aura pas. Ni d’amoureux au long cours d’ailleurs parce que ça lui casse assez les pieds, d’avoir à partager / négocier / composer / et que les amis, c’est parfait parce qu’on peut leur dire non et même les flanquer à la porte quand ils deviennent trop chiants / encombrants / envahissants, trop trop, quoi.

D’un seul mot, ma copine d’avant est entière. Elle  est entière comme je devais nécessairement l’être un peu dans ma vie de célibataire sans enfant.

Comme elle, je disais souvent « on », et ce « on »  était multiforme. « On » de mes copines du théâtre, de l’escalade ou de la salle de sport, « on » de mes nombreuses amitiés entretenues avec soin malgré les distances, « on » des amoureux qui passaient et des groupes à géométrie variable.

Comme elle, mes vacances étaient épuisantes, menées tambour battant, à l’autre bout du monde, en novembre, mars ou janvier, à contretemps des autres, ceux qui glandent sur la plage en août après avoir passé 7 heures sur l’A7-A9.

Les concerts, les apéro, les manifs, les spectacles, les festivals, les carnavals, les théâtres, les restau, comme elle j’expérimentais tout, je triais rien.

Ma vie a été transformée, la sienne a considérablement évolué. Professionnellement, notamment. Je me suis souvenue dans ses mots de la place particulière du boulot, et de la saveur des heures tardives où ne restent au bureau que ceux qui ne sont pas attendus à la maison, où les portes s’ouvrent où les hiérarchies tombent et les langues se délient.

J’étais comme elle, et je disais comme elle que je vivais sans contraintes. Et pourtant mes contraintes me pesaient presque plus qu’aujourd’hui parce qu’elles n’avaient que moi pour objet. Mon linge, mes papiers, mon rangement me pesaient plus que notre linge, nos repas, et notre désordre.

Elle a été surprise que je regarde ma montre avant de reprendre un verre. Et Je me suis souvenue de ces soirées d’été où on se fiche de l’heure bien qu’on soit en semaine.

Je me suis souvenue avec émotions de cette vie avec ses hauts si grisants où l’on vit à 100% où l’on est absolument dispo pour le meilleur qui passe au coin de la rue. Je me suis aussi souvenue de ces bas si pesants, quand vendredi arrive et qu’on sait qu’on n’aura pas l’énergie  de « faire quelque chose ce week-end ».

J’ai aimé cette vie où l’on tient à rien, où l’on joue à tout ; Cette adulescence déjà responsable et établie, mais encore insouciante et démesurée.

Je l’ai aimé autant que j’aime ma vie de maintenant, ma vie de famille de deux enfants. Cette vie minutée, imparfaite, où je tiens si fort à eux qu’ils sont à la fois une très grande force et une sacrée faiblesse. Cette vie où les amis n’ont pas toujours la place qu’ils méritent et où le temps pour soi se prend sur le sommeil.

Deux vies diamétralement opposées à huit ans d’écart, un privilège.

Je vous laisse, j’ai vingt-deux lessives à faire tourner, et une séance de taekwondo a négocier avec Chupenn…

horloge de la vie d'avant

Rendez-vous sur Hellocoton !

Un petit commentaire et je suis au paradis!