L’usurpatrice

Parfois, souvent je suis une équilibriste.

J’enfile les journées à rallonge comme si c’était des perles.

Je dors bien parce que je dors peu.

Je dors peu parce que je dors bien.

Tout cela s’équilibre merveilleusement bien.

Parfois.

Parfois, je fais presque tout. En tout cas, ce « presque » me convient. Un « presque » qui ne comprend plus, depuis bien longtemps déjà, ni repassage ni dossiers ramenés à la maison ni Candy Crush. Et c’est pas plus mal.

Parfois j’oublie de mettre du sel dans la soupe, mais la soupe, elle est faite maison. Parfois Wendoï a les cheveux emmêlés, et Chupenn des joggings trop courts mais ils ont l’air globalement heureux, alors je le suis aussi. Parfois, j’écoute, je questionne, je négocie, je tranche, et on avance. Alors je me dis que je vaux bien mon taux horaire.

Parfois je vois les enfants 15 min le soir, mais ce sont les meilleures de la journée. Surtout s’ils ont été imbuvables. Si si, voir ses enfants majoritairement quand ils sont endormis, incite à exagérer substantiellement leur mignonitude.

Les déplacements sur plusieurs jours sont des casse-têtes de logistique mais, ces soirs-là, et uniquement ces soirs-là, je me prélasse des heures dans un bon bain. Les trains de 6:26 sont une plaie, mais ces matins-là, je ne m’occupe que de moi.

Souvent, je suis successivement tous les rôles de ma vie avec entrain et légèreté.

Avec entrain et légèreté parce que je tiens à tout. Je veux tout. Je suis bien obligée de composer.

Je compose avec bonheur.

 

et puis parfois, la machine se grippe, l’équilibre se rompt.

Je sais pas très bien pourquoi la fatigue m’anéantit. Le temps libre disparaît. Je m’écroule sous les contraintes et les dead-line. J’oublie des trucs essentiels. Je réalise à 10 heures que j’avais une réunion à trente kilomètres de là, depuis une heure. Que pour la photo de classe c’était avant le 4 novembre. Qu’on arrive pas les mains vides…

La roue tourne à toute allure dans le mauvais sens.

J’oublie de valider le drive. Je fais demi-tour parce que, c’est sûr, j’ai pas fermé la maison. J’oublie des trucs anodins qui me bouffent toute mon énergie. Je pourrai fondre en larme parce que j’ai oublié de saler l’eau des pâtes.

Il n’ en a ni plus ni moins qu’avant, mais il y en a trop. Je fais tout mal, rien ne va.

Je réponds à côté, je ne convaincs pas. On doute de moi, je doute de moi. Je suis à coté de la plaque.

Il n’y a pas assez d’humour pour traiter les caprices. Trop de pleurs, trop de coin et trop de télé. Et quand l’heure du dernier bisou arrive, je savoure davantage le « dernier » que le « bisou ».

A la masse dans tous mes rôles.

Dans ces moments-là, je me fais l’effet d’être… une usurpatrice.

depart-pour-lecole2

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18 comments on “L’usurpatrice

  1. Quatre enfants
    8 novembre 2016 a 10 h 49 min

    Tellement juste. Je savoure davantage le « dernier » que le « bisou », c’était moi hier soir, j’adore tes mots.

    • Johanna Lara
      8 novembre 2016 a 21 h 48 min

      Merci ! Espérons que ce soir on savoure le bisou…

  2. Audrey
    8 novembre 2016 a 11 h 14 min

    Ah oui les deplacements ou on ne pense qu’a s’occuper de soi, ca fait du bien mine de rien vu le rythme de super maman/cadre dynamique/femme/etc… Attention au retour car il y a forcement un temps d’adaptation pour soi et pour les enfants qui nous font bien comprendre par des « caprices » qui n’en sont pas qu’on leur a manque et qu’ils decompense avec notre retour… Je suis partie un peu plus d’une semaine et une bonne transition a ete de mise…

    On cumule les roles et la, sans vouloir etre feministe, la delegation au papa est essentielle pour ne pas nous perdre dans le tumulte du quotidien. Savoir s’accorder un temps pour soi, une pause pour pouvoir continuer notre numero d’equilibriste… Toi c ecrire le blog, moi tu le sais c la meditation/yoga/chanter (j’ai cree une chorale!), pour d’autres ce sera le sport. Peu importe on a besoin de decompresser de maniere EQUITABLE entre le papa et la maman, ou chacun y trouve son compte… sinon on perd cet equilibre par definition si precaire…

    • Johanna Lara
      8 novembre 2016 a 21 h 54 min

      Oui ! Pas évident d’être équitable… Là aussi il y a des moments de grâce et des moments où l’on serre les dents… Bisous