Ma Poutina

Le jeudi soir quand je rentre, l’odeur de propre que je sens depuis le couloir vient de chez moi. Quand je pousse la porte, je pourrais parfois croire que j’habite un appartement témoin. Parfois seulement, parce que le jeudi, je rentre (au moins) deux heures après le reste de la famille, et deux heures, certains jeudis soir, c’est largement assez pour mettre sens dessus-dessous 90 M2.

Le jeudi après-midi, Poutina prend soin de notre chez-nous. Poutina est notre femme de ménage, comme elle le dit sans détour. Il n’y avait que moi, finalement, pour hésiter à sauter le pas, pour hésiter à prendre quelqu’un pour faire le ménage chez moi. Je n’ai pas hésité à donner mes clés, j’ai hésité à payer quelqu’un pour faire récurer ma crasse hebdomadaire.

Poutina, c’est son gagne-pain. Elle travaille bien, elle le sait, elle en est fière. Elle travaille beaucoup. Qu’elle soit malade ou que le jeudi soit férié, Poutina est là.

Poutina est un peu directive. Et Poutina est Russe. D’où son surnom, Poutina. Il n’y a que Mamée pour croire que Poutina est le vrai nom de Poutina. (et de me dire ça un jeudi soir, après avoir passé l’après-midi avec Poutina…). Quant à l’autoritarisme de Poutina, c’est un critère de recrutement. J’ai autant besoin d’une femme de ménage que d’une coach en rangement. Quand l’appartement est trop dérangé, Poutina est pas contente. Et quand Poutina n’est pas contente, Poutina fait des piles. Poutina empile le garage de Chupenn sur la table du salon, y superpose deux cartons de Pampers, qu’elle coiffe d’une bonne dizaine de bouquins de Pacs-que-c’est-Lui, le tout surmonté d’un coussin et de toutes les fringues qui traînaient.

Pendant mon congé mat, je voyais Poutina tous les jeudis. Je connais un peu la vie de Poutina. Poutina a connu l’URSS de la grande époque, où les magasins étaient vides et où la fierté d’être une grande puissance était intacte. Poutina a parcouru presque tous les pays de l’ancien bloc. Poutina a une fille et un ex-mari en Moldavie. Mais Poutina vit seule en France. Poutina parle trois langues, mais elle ne maîtrise pas bien le français. Enfin, pas suffisamment pour lire mes post-it (« merci de ne pas essuyer la télé avec l’éponge! ») ou pour passer un coup de fil aux impôts.

Poutina vit dans un monde pas évident.

Le jeudi Poutina prend soin de ma maison. Et moi, j’appelle les impôts pour elle. Et on se trouve réciproquement formidables.

PS : en plus, ma Poutina, elle parle aux orchidées, et ça les fait refleurir. Alors, pour ça et pour tout le reste, merci Poutina.faire refleurir des orchidees

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One comment

  1. CompletementNad
    6 mars 2015 a 10 h 39 min

    Ta Poutina surtout la lâche pas! Parce que des Poutina comme ça c’est pas simple à trouver.

Un petit commentaire et je suis au paradis!