Merci la vie

La veille du jour où l’on est devenu champion du Monde, Perluette a eu 1 an. Un an déjà, un an seulement. Ce n’est plus un bébé, c’est un grand bébé. Et c’est mon dernier bébé. Il n’y aura donc plus de nourrisson à la maison, même si les transats, les hochets et les tapis de jeux attendent encore dans un coin du salon que je me décide à leur offrir une seconde vie ailleurs. La deuxième année de Chupenn et Wendoï avait été une délivrance. La première année d’un bébé, c’est tellement d’énergie, de mignonitude, de frustration, de fondance et d’équilibre précaire, qu’un an dans les montagnes russes, c’était bien suffisant à mon goût. Il y a bien-sûr les pointes de nostalgie qui piquent un peu le ventre quand on replie les pyjamas naissance, puis 1 mois, puis 3 mois. Mais pour Chupenn comme pour Wendoï, la perceptive du «prochain bébé » était l’éventualité qui éloignait le « plus jamais ». J’appréhendais un peu que la nostalgie me gagne trop, avec les dernières fois de Perluette. Ce n’est pas le cas. Comme disait mémé : « le pire n’est jamais certain ». J’ai l’impression d’avoir consacré ma trentaine à construire la famille de mes rêves, d’avoir réussi et ne renouer maintenant avec mes ambitions de la vingtaine. La gratitude en plus.

51 mois sans dormir, les gars

J’ai beau en avoir 3, je trouve ça hyper dur, les bébés. Je suis même extrêmement étonnée que dans cette société où l’on se plaint de tout, on ne le dit pas plus. On n’a pas spécialement galéré à les faire, ce qui est déjà une bénédiction, mais on a galéré – comme tout le monde- après.
On n’a jamais trouvé la case à cocher pour que l’enfant fasse ses nuits au sortir de la maternité.
Quoique, à 3 mois on aurait signé aussi. A 6 mois aussi, on aurait signé, même 1 an, on aurait signé. J’ai fait le compte, 51 mois de nuits entre-coupées réparties en 7 ans. J’ai assez peu de regrets par rapport à la façon dont on a géré ces périodes. Comme tous les parents qui ne dorment pas, on a fait tout ce qu’on pouvait faire pour que ça s’améliore. L’expérience nous a permis de le vivre mieux pour Wendoï, et encore mieux pour Perluette, mais on l’a mieux vécu parce qu’on l’acceptait mieux ; On n’a pas trouvé la formule magique, on a juste cessé de la chercher.
on l’a mieux vécu parce qu’on l’acceptait mieux ; On n’a pas trouvé la formule magique, on a juste cessé de la chercher.
Depuis mai-juin, on dort. Il y a bien des accidents de nez bouchés, de cauchemars de doudous perdus au milieu de la nuit. Mais ce n’est plus notre lot quotidien. On dort, ça nous change la vie. J’ai retrouvé mon humour, la capacité de pas sauter à la gorge de Pacs-que-c’est-Lui quand je comprends pas son humour à lui (à ma décharge, c’est pas donné au premier venu, ce décodage…). De la patience pour tout le monde. L’impression d’être pro pendant une fraction acceptable que mon temps de travail. Le week-end dernier on était avec deux couples qui galèrent avec les nuits de leurs filles. J’ai compati. J’ai raconté nos morceaux de bravoure à nous, des nuits dans le Poang (si toi aussi ta maison parle Suédois couramment…), et notre connaissance sans faille des lattes de parquets qui grincent. Et j’étais ultra contente de me dire que c’est derrière nous. Pour toujours.

Grossesse, accouchement, allaitement : ça, c’est fait.

J’ai adoré être enceinte. Les trois fois ; J’ai adoré accoucher. J’ai adoré allaiter. Je n’ai pas eu que des grossesses faciles, j’ai eu que des accouchements faciles, j’ai eu des allaitements contrastés (vois comme je maîtrise le politiquement correct). Mon corps a assuré top. Même un peu plus que top. Sur la balance le même chiffre depuis le lycée. Pas une zébrure en souvenir. Je suis chanceuse. Je l’ai malmené, toutes ces années sans sommeil, j’ai carburé aux coquillettes-jambon debout, au café trop fort et sandwich avalé sur un coin de bureau. J’ai repris maintes et maintes fois le sport, ce qui signifie que j’ai arrêté le sport aussi souvent. J’ai eu mal au dos de porter mes bébés avec mes muscles fondus des mois grossesses-canapé. Mon corps a nourri mes bébés, 22 mois durant. Perluette, cet été, s’est sevrée elle-même dans un éclat de rire. A 1 an passé, téter lui paraissait désormais incongru. Un scénario de rêve, qui m’a tout de même fait un pincement au cœur. Et pourtant cette astreinte du corps, je crois que j’en ai fait le tour. Mon corps est désormais re-à moi. Et c’est une bonne nouvelle.

Et j’ai recommencé à rêver

A l’aube de la quarantaine, je sais ce dont j’ai besoin, je sais ce qui me fait du bien. Mais ces dernières années, j’ai pas toujours eu le temps et l’énergie de m’accorder ces tous petits luxes qui rendent la vie belle ; J’aime le sport, et j’en ai besoin. Je me fous éperdument de la performance et j’ai toujours été infoutue de compter les longueurs à la piscine. Mais je suis accro au bien-être de l’après sport, au calme qu’il me procure et l’impression que je peux abattre des montagnes. J’ai besoin d’avoir des projets et de les réaliser. Je crois que je viens de clore le plus gros et le plus beau projet de ma vie : construire trois enfants merveilleux. Il me tarde de bâtir le prochain projet et ce n’est pas les idées qui me manquent. En écrivant cet article je pense beaucoup à Marjolie Maman, qui a presque mon âge mais qui me précède de quelques années dans la maternité. Je me souviens de son article Ici on dort et de son expression « avoir fait son temps comme maman de tout petit enfant ». A l’époque, Wendoï n’existait pas encore et son optimisme m’avait paru miraculeux. J’y suis. Merci la vie. Rendez-vous sur Hellocoton !

26 comments on “Merci la vie

  1. Dinette et Paillettes
    24 septembre 2018 a 10 h 01 min

    Un billet plein d’élan et de pep’s ! Bonne route à toi 🙂

    • Johanna
      25 septembre 2018 a 21 h 04 min

      Merci! La route est belle. Sinueuse parfois mais là vue est magnifique!

  2. Entrelescailloux
    24 septembre 2018 a 10 h 04 min

    Quel bel article où on ressent l’apaisement, la sérénité, l’expérience et le recul sur la maternité et la parentalité.

    • Johanna
      25 septembre 2018 a 21 h 07 min

      Merci. En tout cas c’est le sentiment actuel. Des fois j’ai aussi l’impression d’être tellement out!

  3. Camomille
    24 septembre 2018 a 10 h 47 min

    Superbe texte. On y sent toute la maturité que tu as glané et toute la sérénité que tu as su trouver. Bravo !

    • Johanna
      25 septembre 2018 a 21 h 08 min

      Merci. Je suis, hélas, pas rois les jours en pleine possession de mes moyens .

  4. Madame Bobette
    24 septembre 2018 a 12 h 35 min

    Un si joli billet, plein de sincérité, de maturité et de sincérité… Ca fait tellement de bien à lire 🙂

    • Johanna
      25 septembre 2018 a 21 h 13 min

      Merci! Mature, c’est un beau compliment (sauf pour les crèmes pour la peau).

  5. Maman Lempicka
    24 septembre 2018 a 13 h 15 min

    C’est un très beau billet, j’aime particulièrement le dernier paragraphe, je m’y retrouve tellement!

    • Johanna
      25 septembre 2018 a 21 h 14 min

      Merci. Contente que l’on partage cette reconnaissance…

  6. Britt
    24 septembre 2018 a 15 h 10 min

    Je me suis beaucoup reconnu dans cet article. Peut-être même un peu trop. Si le style d’écriture était un peu différent (avec quelques faits), j’aurais pu commencer à me demander quand j’ai écrit cet article? Cela montre exactement combien j’ai trouvé mes pensées et mes sentiments dans cet article

    Je pense que ce que je voulais vraiment dire était merci. Pour cet article et pour ton blog en général. 🙂

    • Johanna
      25 septembre 2018 a 21 h 15 min

      Ça me touche beaucoup car moi aussi je suis sensible à ton univers. Alors merci!

  7. MumChérie
    24 septembre 2018 a 16 h 05 min

    C’est très beau… Mon tout-petit-dernier bébé a 2 ans aujourd’hui… je ne peux m’empêcher une dose de nostalgie en pensant à tous ces moments que nous ne revivrons plus… mais je me sens aussi très à l’aise dans cette nouvelle étape de ma vie. Moi aussi j’ai envie de dire merci…

    • Johanna
      25 septembre 2018 a 21 h 18 min

      Ah là là! Dejà 2 ans! Je me souviens bien des articles autour de ce tout petit bébé! Bon anniversaire. Et bravo à nous, alors

  8. Mam'Weena
    24 septembre 2018 a 21 h 13 min

    Un bel article encore,
    Après un premier bébé qui dormait mal (et qui a actuellement 3 veilleuses dans son lit), on a découvert, éberlués, un deuxième bébé qui dormait … maintenant, je me demande a quelle sauce on va être mangé pour le prochain

    • Johanna
      25 septembre 2018 a 21 h 20 min

      Oui, toi tu es encore en plein dans la construction de la famille! J’ai tellement adoré cette phase que je peine à comprendre pourquoi je n’aimerais pas refaire le chemin à l’envers… Et pourtant, je suis contente de regarder devant! C’est tout ce que je te souhaite, pour après…

  9. Marjoliemaman
    24 septembre 2018 a 23 h 20 min

    Merci pour le clin d’oeil 😉

    • Johanna
      25 septembre 2018 a 21 h 21 min

      Avec plaisir, te savoir ici me rempli d’allégresse!

  10. Virginie Neleditesapersonne
    25 septembre 2018 a 11 h 16 min

    Le sommeil, ça reste quand même le nerf de la guerre … J’ai eu cette impression qu’il n’y aurait que lorsque l’on serait sorti des périodes de nuits hachées successives -même si l’on sait que des accidents subsisteront encore – que nous pourrions enfin faire des projets, autres. Je crois que l’on y arrive enfin, alors je comprend parfaitement ton envie de dire « merci la vie » 😉

    • Johanna
      25 septembre 2018 a 21 h 26 min

      La privation de sommeil, sûre des mois et des années, ça vous ronge. Je me suis fait la promesse de ne jamais râler d’avoir mal dormi « de moi- même ». Pour le moment, je tiens parole! Les enfants, je les adore, mais punaise, ça été dur!

  11. Louna
    27 septembre 2018 a 15 h 37 min

    Magnifique article qui me donne tellement envie d’y être, moi aussi, à cette belle étape de la vie !

    • Au presque parfait
      29 septembre 2018 a 7 h 24 min

      Merci! mais il faut profiter de toutes les phases, hein!
      Pour autant, je ne ferai pas le chemin à l’envers, j’aurai trop peur que la deuxième édition soit moins réussie!

  12. petitsruisseauxgrandesrivieres
    30 septembre 2018 a 22 h 51 min

    Quel joli article, je me retrouve tellement dans ce que tu partages. Le sommeil, quand on le retrouve enfin, quel bonheur et quelle volupté !

    • Johanna
      7 octobre 2018 a 19 h 48 min

      Rhoo tu l’as dit. Cette semaine on l’on a nouveau perdu..
      Dents? Oreilles? Rhino? Je ne sais pas mais pfiou, ça pique…

  13. queenofthetribu
    1 octobre 2018 a 22 h 07 min

    Un très bel article !! J’ai beaucoup aimé le lire 🙂 En 4 enfants, heureusement que je n’ai pas fait les comptes du nombre d’heures ou de mois où je n’ai pas dormi haha !

    • Johanna
      7 octobre 2018 a 19 h 50 min

      N’avoir pas compté, soit c’est bon signe, soit… non! Je peux ajouter une semaine à mon décompte …

Un petit commentaire et je suis au paradis!