Pleurer des larmes vieilles de 6 ans et demi

Moi qui craignais de tomber dans le rose bonbon à outrance, me voilà rassurée. Aujourd’hui, on déterre les mauvais souvenirs.

 

Le deuxième mois de Perluette a commencé et les pleurs quasi inexistants sont devenus plus fréquents. Plus intenses et peut-être, plus douloureux. Rien d’insurmontable, juste de quoi se souvenir que le lâcher-prise qui a caractérisé notre premier mois, c’est facile quand tout va bien. Quand ça coince, maman expérimentée ou pas, on observe, on teste, on piétine, on doute et on recommence.

 

 

Perluette pleure surtout après les tétées. Et elle fait de drôles de bruits de tuyauterie. A la visite du 1er mois, je fais part au médecin de mes soupçons de reflux. Perluette va bien, elle a pris un kilo, elle a grandi de 5 cm et elle bouge dans tous les sens. Lors de l’examen, bingo, on entend distinctement Perluette déglutir : pas de doute, il y a bien des liquides qui font l’aller-retour dans son oesophage.

 

Reflux gastro-oesophagien (RGO) confirmé.

 

On ressort avec une ordonnance d’un traitement anti-reflux pas magique mais qui la soulage. Le plus dur étant de lui faire avaler la mixture. Je ressors toute fiérote d’avoir compris ce qu’il se passait. Je ne lis pas en vain des tonnes de blogs parentaux depuis x années. Je ressors aussi apaisée d’avoir été prise au sérieux et entendue par le médecin.

 

 

Maintenant que le diagnoctic est là, les pleurs prennent sens et on peut agir. Encore plus que du médicament, Perluette a besoin d’être verticalisée après les tétées. Longtemps. De faire des rots réguliers pendant et après la tétée. La conséquence est la fragmentation des nuits : du début de la tétée au moment où je me recouche, il s’écoule une heure et demi à deux heures. Actuellement, si j’essaie de faire plus vite, elle re-pleure.

Entre deux tétées, il ne reste plus beaucoup de temps consécutif de sommeil.

 

Mais je tiens le choc. Je gère ma fatigue avec le sérieux d’un sportif de haut niveau. Je sais que le manque de sommeil a un effet terrible sur mon humeur, ma patience et mon discernement. Je passe le relai à Pacs-que-c’est-Lui après la deuxième tétée de la nuit. Je fais des siestes régulières, je n’ai pas de dette de sommeil.

 

Finalement, le plus déstabilisant, ce sont les souvenirs qui refont surface.

 

Les pleurs de Perluette me rappellent ceux de Chupenn. Ces pleurs restés inexpliqués. Je ne suis pas la seule, d’ailleurs à faire le rapprochement. Dans la famille, tout le monde se souvient des « crises » de pleurs de Chupenn. Ça durait des heures, ça a duré des mois. Ça m’a conduite au bord de la folie.

 

Beaucoup d’éléments font sens. Mais le plus évident, c’est cette odeur que j’identifie de temps en temps sur Perluette et qui était celle de Chupenn. En lisant sur le RGO, pour trouver des « recettes » pour soulager Perluette, je tombe sur des descriptions de RGO sévères. Ils décrivent assez fidèlement mes jours et mes nuits avec Chupenn, pendant cette période qui est restée la pire de ma vie.

 

Pour moi, aucun doute, Chupenn a souffert de RGO. Le reflux n’explique pas tout, il y a d’autres clés, d’autres raisons que j’ai déjà identifiées, mais le RGO est la pièce manquant de puzzle.

 

Les vieilles larmes

 

 

J’en veux au corps médical. Pendant cette période, je ne suis pas restée les bras croisés, j’ai consulté plusieurs sage-femme, vu plusieurs médecins, généralistes et pérdiatres. Ils l’ont entendu pleurer. Chupenn était vu en PMI. Pourquoi personne n’a évoqué cette pathologie si courante? Son carnet de santé regorge de mentions « pleurs fréquents » mais personne n’a fait le rapprochement.

Et, je m’en veux de n’avoir pas su lui donner ce dont il avait besoin. De n’avoir pas compris qu’il souffrait. Je souffre de l’écart de traitement entre lui et Perluette. De cette dose de bienveillance de patience, d’empathie que je donne avec facilité à Perluette et que, perdue et sans explications, j’ai n’ai, à un moment donné, plus réussi à lui donner.

 

Alors de 2 à 4 heures du mat, devant les (très bons) docu que France 3 diffuse à cette heure-là, quand Perluette fini par s’endormir dans mes bras, je pleure des vieilles larmes de 6 ans et demi en pensant à Chupenn que je laissait hurler dans son lit parce que j’avais plus la force de le consoler.

 

Chaque enfant s’inscrit dans une histoire. Avec Chupenn, j’ai découvert le métier de maman dans la douleur, les larmes et l’incompréhension. L’arrivée de Wendoï m’a réconciliée avec beaucoup d’aspects de la maternité et m’a permis d’assembler presque toutes les pièces du puzzle. Il n’en manquait plus que quelques unes, celles qui empêchent de distinguer clairement le dessin final. Ça aura été la contribution de Perluette.

 

PS : je vais bien. Vraiment. Et comme dit Pacs-que-c’est-Lui, Chupenn aussi.

PS2 :  je prends toutes vos bonnes recettes anti-RGO!

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31 comments on “Pleurer des larmes vieilles de 6 ans et demi

  1. zenopia
    18 août 2017 a 6 h 55 min

    Juste <3

  2. Le Rire des Anges
    18 août 2017 a 7 h 13 min

    C’est l’enfer que j’ai vécu avec Fripouille, on nous a prescrit du gaviscon quasi impossible à lui faire avaler…
    Alors plans incliné, sieste dans les coussins du canapé en position quasi assise et énormément de porte bebe pour qu’il reste à la verticale!
    Plein de soutien pour toi

    • Johanna
      18 août 2017 a 7 h 27 min

      Merci! C’est ça on a du Gaviscon, elle déteste!

      • Le Rire des Anges
        18 août 2017 a 7 h 31 min

        J’imagine bien… Tu as déjà un plan incliné?

        • Johanna
          18 août 2017 a 7 h 36 min

          On a le cocoonababy.

          • Le Rire des Anges
            18 août 2017 a 7 h 37 min

            J’ai écrit un billet mais pas encore publié, le mets le plan incliné sous le cocoonababy.

          • Johanna
            18 août 2017 a 8 h 28 min

            Ok, je vais essayer. Tu donnais le Gaviscon avant ou après les tétées?

          • Le Rire des Anges
            18 août 2017 a 8 h 32 min

            Honnêtement je ne sais plus, ça fait plus de 4 ans mais je dirais avant… Qu’est ce que le doc préconise?

          • Johanna
            18 août 2017 a 12 h 00 min

            Après, mais quelle galère pour qu’elle le garde. A priori avant c’est possible aussi. Je teste

          • Le Rire des Anges
            18 août 2017 a 14 h 00 min

            Peut être qu’en aillant faim…

  3. mamansurlefil
    18 août 2017 a 7 h 55 min

    Qu’il est touchent ton billet… je comprends ton sentiment face à ton grand… je crois que quelques soient nos histoires, les aînés « souffrent » de notre inexpérience…

    J’espère que le reflux de Perluette s’apaisera vite…

    Je n’ai pas de conseil, je n’ai pas vécu le problème…

    Bises

    Virginie

  4. Bébé est Arrivé !
    18 août 2017 a 8 h 07 min

    Ma fille n’a souffert que d’un léger RGO et que rien qu’avec ça, je me sentais démunie le soir quand ses hurlements atteignaient mes oreilles et mon cœur… On a changé de lait (elle était nourri au biberon) et on est passé au Novalac AR. Je lui donnais également le biberon semi-assise. Mais ce qui a vraiment entériné le problème du RGO, c’est de passer à l’alimentation solide vers 5 mois.

  5. Mumtwokids
    18 août 2017 a 8 h 37 min

    Oui le premier c’est tout nouveau donc forcément on fait des erreurs que l’on ne reproduira pas ensuite…je comprends ton désaroi…après tu n’y peux rien c’est inexpérience maternelle qui a joué et comme tu dis tout le monde va bien c’est l’essentiel…je n’ai pas de conseils pour le RGO Car par chance les enfants n’en ont pas souffert mais je ne doute pas que d’autres mamans te donneront de précieux conseils.

    • Johanna
      18 août 2017 a 12 h 02 min

      Dur dur d’être l’aîné! Je me rends bien compte que le problème est pour lui résolu depuis longtemps mais ma culpabilité a la peau dure…

  6. elisamarnet
    18 août 2017 a 11 h 58 min

    oh que c’est dur, nous on avait du gaviscon mais mon dieu pour lui faire prendre quelle souffrance. le polysilane marchait beaucoup mieux par contre. mais nous c’était léger donc je ne sais pas si ça marche pour un RGO lourd

    • Johanna
      18 août 2017 a 12 h 07 min

      On a du gaviscon aussi. J’ai sacrément la trouille qu’ elle fasse une fausse route, parce qu’elle se débat. Merci pour le tuyau. A mon avis Perluette a un rgo plutôt léger, Chupenn c’était une autre dimension!

  7. une mummy
    18 août 2017 a 12 h 44 min

    Arf, bienvenue dans le monde incompris des bébés RGO! Je ne suis même pas étonnée de l’absence de réaction du corps médical devant les pleurs de Chupenn, le RGO est le vilain petit canard des maux des bébés… Si tu as le temps, parcours mon blog, j’en parle régulièrement, du RGO. Il n’y a pas de recette miracle: traitement (Gaviscon ET IPP style Inexium, le Gaviscon seul ne suffit pas pour les RGO autres que légers), tétées à la demande car ton lait est cicatrisant et beaucoup de bébés RGO supportent mieux de téter plus souvent en quantités moindres, comme tu le fais, la laisser assise le plus longtemps possible après la tétée (je me souviens du biberon nocturne qui, de fait, me piquait 1h30 de sommeil), use et abuse de l’écharpe pour la faire dormir, sinon tu peux tenter de la faire dormir inclinée ou sur le côté (c’est ce qui a sauvé les nuits et siestes de ma fille jusqu’à ce qu’elle sache se positionner seule). Les bébés RGO détestent par dessus tout la position dorsale! Et, surtout, beaucoup de courage à vous.

  8. Tara B.
    18 août 2017 a 12 h 56 min

    Très joli billet, très touchant. Moi je n’ai pas connu le RGO mais des coliques épouvantables contre lesquelles rien n’y fait, et moi aussi j’ai laissé pleuré mon bébé parce que je n’en pouvais plus de l’entendre hurler à longueur de journée sans jamais arriver à le calmer. Nous sommes de bonnes mères parce que nous sommes des êtres humains, pas des machines à passer la main dans le dos et balancer un bébé d’un pied sur l’autre. Parfois c’est super dur ce se prendre cette limite dans les dents, parfois moins. Plein de douceur pour cette période à venir, avec un bon diagnostic le reste devrait suivre plus en douceur…

    • Johanna
      20 août 2017 a 6 h 46 min

      Oui, avec un diagnostic, on peut inventer 1000 solutions et comprendre décuple la patience… les coliques, quelles plaies. Etais-tu déjà à l’étranger?

  9. Violaine
    18 août 2017 a 21 h 51 min

    Je viens juste de découvrir ton blog et ton article m’a interpellée. Je suis à peu près convaincue que mon grand a lui aussi eu un rgo mais qu’il n’a pas été diagnostiqué à l’époque. Pourtant, j’en ai souvent parlé à ma pédiatre mais elle me répondait que c’était « normal ». Aujourd’hui, après avoir lu x articles à ce sujet, j’en suis quasiment certaine mais je lui laisse tout de même le bénéfice du doute. Je ne suis pas médecin Mais j’aurais aimé être prise un peu plus au sérieux et pouvoir apporter un soulagement à mon fils !

    • Johanna
      19 août 2017 a 10 h 16 min

      Oui, je crois que c’est assez courant… c’est une pathologie « pas grave  » la plupart du temps… as tu lu l’article de to-be-mummy qu’elle a mis dans les commentaires? Moi, je n’ai plus de doute concernant Chupenn…

  10. Virginie Neleditesapersonne
    21 août 2017 a 0 h 10 min

    Quelle m… ce RGO … J’ai l’impression que c’est très courant, et pourtant comme tu dis, le personnel médical n’est pas toujours vigilant là-dessus ! J’imagine très bien ce que tu peux ressentir en repensant à Chupenn. Que c’est dur d’être maman … !! As-tu essayé le Julep Gomeux ?

    • Au presque parfait
      26 août 2017 a 18 h 47 min

      Oui, en fait presque tous les nouveaux-nés en ont, mais ce n’est pas forcément douloureux…
      Le Julep Gommeux, je pensais que c’était pour les coliques? Je vais regarder de plus près, merci!

  11. Candy
    21 août 2017 a 14 h 34 min

    ce n’est peut être pas beau, mais j’avais calé des livres sous ses pieds du lit à barreaux. Pour éviter qu’il ne soit à plat (sage femme et médecins m’avaient fortement déconseillé le cocoonababy qui était à la mode, car ça maintenait leur clapet de je ne sais pas quoi ouvert, et le vomi pouvait passer dans ses poumons directement, genre le bébé pouvait mourir dans son vomi sans avoir vomi. Rien que cette image me faisait peur).
    On avait un rituel à force, un ml de gaviscon avant le biberon, et lait épaissi, avec plusieurs rots pendant et après le repas. Le maintenir à la verticale minimum une demi heure. Au début je donnais de mon lait au préalable tiré… car il ne savait pas téter, mais comme mon temps de dodo était très limité à cause des repas à rallonge, j’ai arrêté de donner mon lait, je saignais des seins, et je perdais des bout de tétons. Horrible.

    le lait épaissi (novalac ar digest), le gaviscon, le polysilane ne suffisaient pas… on a eu en plus l’inexium à donner une fois par jour. ça s’est arrangé, au bout de 4 mois, je lui ai fait arrêté progressivement et tout s’est bien passé 🙂

    courage !

    • Au presque parfait
      26 août 2017 a 18 h 54 min

      Ben, dis donc, quel parcours du combattant!Ici, je trouve que la maintenir à la verticale est effectivement à la fois le plus efficace et le plus contraignant, surtout la nuit! Et pour Chupenn, la fatigue a fait que je suis rapidement passée à un allaitement mixte (à regret)… Bonne idée les livres sous le lit! pour le moment, elle n’y va pas beaucoup, mais je retiens! Je crois que chaque maternité a son lot que choses qui n’ont pas fonctionné pas comme on voudrait… et c’est parfois dur à avaler (et culpabilisant, aussi…)

  12. Claire
    21 août 2017 a 20 h 39 min

    Je suis désolé de lire ton article. En même temps, avec ma fille j’ai été explorer des pistes que je n’aurais jamais pensé. Mon esprit s’est vraiment ouvert et je pense plus tellement au hasard.
    Quand je lis ton article, je suis en colère contre le personnel médical qui n’a pas cherché plus loin pour Chuppen. Mais on ne peut pas refaire les choses.
    Je ne m’y connais pas trop en RGO mais le portage peut t’aider pour la position verticale. J’espère que tu trouvera vite la recette.

    • Au presque parfait
      26 août 2017 a 18 h 57 min

      Merci! Non, on ne peut pas refaire les choses, et comme dit Pacs-que-c’est-Lui, Chupenn va bien… Et tu as raison, le portage c’est assez magique pour Perluette, et on a aussi beaucoup beaucoup porté Chupenn, jour et nuit et parfois jusqu’à épuisement. A tel point qu’à la naissance de Wendoï, j’étais très surprise qu’elle n’aime pas l’écharpe de portage (mais elle s’y est faite!)

  13. Madame Bobette
    22 août 2017 a 15 h 04 min

    Pas de recette anti-RGO ici, désolée.
    Par contre, je suis triste de lire ton article, ça n’a vraiment pas du être facile avec Chupenn pour que ça remonte ainsi 6 ans et demi après!
    J’espère que tout va vite s’arranger pour Perluette même s’il faut souvent attendre la station debout pour que ça arrange vraiment les choses! Bon courage

    • Au presque parfait
      26 août 2017 a 19 h 00 min

      Merci! Oui, les premiers mois avec Chupenn c’est toute catégorie confondues, mon expérience la plus dure et la plus douloureuse. Mais, avec cette explication, même si les souvenirs remontent, je vais pouvoir refermer le livre… Quant à Perluette, j’espère que son RGO n’est pas si grave que ça et qu’avec quelques mesures on pourra contrôler tout ça. Merci en tout cas!

Un petit commentaire et je suis au paradis!